Ce n'est plus une bulle,
c'est mon abri anti-atomique.
Y a des moments comme ça où tu - où je - sais plus quoi dire tellement y en a à dire. Et c'est vrai, je sais plus où donner d'la tête alors je me recroqueville comme un ver de terre cramé. "Qu'est-ce que tu fous ?" "Où t'es ?" "Comment tu vas ?" "A quoi tu penses ?" A rien, voilà. Je fous rien. Ou presque. Je deviens linéaire, comme une vache. Une vache ça fait que brouter et ça ferme sa gueule. Et y a des vaches heureuses d'être linéaires, c'est tout. Juste avant de passer au triturateur, tiens c'est quoi ce canon qu'on pointe sur mon front ? Bim, elles crèvent et jusqu'au dernier moment elles auront rien calculé. Herbe + Herbe = Contente. Ben voilà je calcule plus. Câlins + Flotte = Content. Et les moutons s'ront bien gardés. En fait, d'animaux de la ferme en tous genres, on comprend vite pourquoi la France aime ses agriculteurs. Il a juste pas une tête d'agriculteur... Plus de cowboy en fait, à l'extrême limite. Un cowboy avec quelques années de brokeback derrière lui alors, un cowboy du genre If it hadn't been for cotton-eye joe, etc. Ca fait de moi son agneau estropié. Mêêê. Là il vient "mais qu'as-tu donc gent biquet ?" Mêêê. "Ne pense plus à rien, je suis là". Me ligote les poings, les pieds, me porte sur ses épaules, s'asseoit sur un rocher, me prend dans ses bras et j'ai affaire à un autre loup, comme un échange de bons procédés. Mon duvet ouaté contre ses bras cireux. Ai-je parlé du macchab ? Il existe un degré de blanc, relique d'une longue lignée de macchabées congénitaux, ressuscités juste pour procréer j'imagine, tellement laiteux que ça n'est plus concevable. De la peau morte sur un être vivant. J'exulte j'ai faim. Je disais donc Mêêê, c'est à peu près tout ce qui me vient à l'esprit quand il m'emmitoufle. Linéaire. Je disais justement à mon frigo l'autre jour, avant qu'il se mette à prendre de l'acide, que ce pouvait être bien sympa de ne plus penser à rien. Il a plus rien dit, vexé. C'était tabou pour moi aussi. Devenir quoi ? Perdre tout ? Plutôt terrifiant. J'ai noyé ce gros con. Enfin je l'ai presque noyé. Sinon indifféremment j'ai hâte et pas le temps. Je prends pas assez le temps non plus. Toujours l'impression d'être à un wagon en arrière par rapport à la grande horloge, dieu sinistre, impassible, etc. J'ai les yeux dans le dos, certains jours à cheval entre le passé et le présent. Jamais devant, devant c'est cabalistique. Dès aujourd'hui je peux dire que j'ai un futur tragique, aux mille et un périls. Je fois grands malheurs, yaa. J'avance à reculons peut-être. Les résurgences de l'époque des pogs et autres pin's. J'avais plein de pogs j'étais très populaire. Y a pas à tortiller, toutes ces réminiscences sarrautiennes, et pourtant la plus douloureuse n'est peut-être pas la plus évidente. Puisque bientôt j'aurai été mis bas pour la 2e fois, une dé-gestation cette fois. On me coupe la ficelle ombilicale que j'avais réussi à sauver des bennes à ordures de la clinique, à grands renforts de déplacements affectifs, bref bref, et c'est la 2e Parque qui s'y colle, plus qu'une avant le grand saut. J'aurai vécu plus longtemps qu'un trisomique. Malgré toute la vénération qu'ils m'inspirent. Pas d'ironie. Avec un peu de chance, la 3e sera occupée ailleurs, à achever quelques immeubles de bureaux, quelques avions, quelques villages côtiers, quelques stades de foot... Mais sans ce fil qu'est-ce qu'il me reste ? Je me suffirai jamais à moi-même, je me découvrirai pas une passion tout d'un coup, même pas lazariste, même pas militaire ni pacificatrice, je connaîtrai jamais les dernières pensées de Jackie... Tout ce que je peux espérer maintenant c'est trouver un beau papier tout blanc pour pouvoir y étaler toute ma linéarité. Grammage sur-fin, grain atténué, et blanc, très blanc. Blanc de toutes les ratures qu'il n'aurait pas gommées. Mais hé ! ne l'ai-je pas trouvé ?
Et là je tire un magnifique et long... trait.